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Blogue Michel Lacroix | Avons-nous perdu le contrôle ?

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Les instances du golf se posent de grandes questions. Comment faire pour limiter raisonnablement la puissance des golfeurs professionnels ? Portrait d’une situation complexe à l’allure immuable.

 

Michel Lacroix | RDS

Collaboration spéciale

 

Mamaroneck, New York. C’est l’Omnium de golf des États-Unis disputé tardivement en raison de la pandémie.

Nous sommes le 17 septembre 2020. Le temps est nuageux. On prévoit une température de 26 degrés et des vents du sud-ouest de 10 à 15 km.

La première ronde est en cours depuis 5h50. Il est 12h16 p.m. et Bryson DeChambeau s’installe au tertre de départ du premier trou du parcours de Winged Foot, réputé difficile. Il s’agit d’une normale 4 de 455 verges.

Massif tel un demi à l’attaque de la NFL, il s’élance de toutes ses forces et pulvérise la balle qui s’immobilise enfin 385 verges plus loin, son plus long coup de départ du championnat. Un tournoi qu’il remportera quelques jours plus tard.

Il n’y avait pas meilleur tableau pour présenter le portrait apocalyptique de la Royal & Ancient (R&A), et de la United States Golf Association (USGA), concernant l’obligation d’établir de nouveaux paramètres pour limiter les distances atteintes par les balles de golf.

De petits sacs de cuir bourrés de plumes qu’elles étaient, elles ont été transformées en véritables missiles téléguidés et propulsés vers leurs cibles par des engins dorénavant composés de matériaux tirés tout droit de romans de science-fiction.

 

Ces craintes sont-elles justifiées ?

Pas besoin d’études en physique nucléaire pour confirmer la progression phénoménale de la puissance chez les golfeurs professionnels. Un simple coup d’œil aux différents tableaux ne laisse planer aucun doute.

Mais comme on peut le constater, la courbe est beaucoup plus timide chez les amateurs, tant pour les femmes que pour les hommes.

En tenant pour acquis que l’élite du golf professionnel représente moins de 1% du nombre de golfeurs sur la planète, ces craintes sont-elles vraiment justifiées ?

L’avenir du golf est-il menacé ? Les clubs de golf tiendront-ils le coup financièrement ? Comment envisager l’avenir du golf en fonction des nouvelles normes environnementales et de gestion du territoire ?

Cela dépend bien entendu du camp où l’on se trouve, mais souvenons-nous que la colonne de chiffres qui dictera ultimement la réponse est celle qui est accompagnée du signe des $$$.

 

Le nerf de la guerre

On parle ici d’une industrie dont les retombées économiques se chiffrent à plus de 20 milliards de dollars au Canada. Ce montant atteint les 85 milliards de dollars, sinon davantage, chez nos voisins du sud.

Pourtant 2020 avait fort mal débuté. Les résultats enregistrés au premier trimestre par la plupart des manufacturiers d’équipement accusaient des retards de 20% sur l’année précédente. Et voilà que la pandémie a changé la donne. Datatech qui effectue des recherches dans ce secteur précis depuis 1997 a signalé des ventes de plus de 388 millions au seul mois de juillet dernier. Un record.

La pratique a augmenté d’environ 20% au pays l’an passé et davantage aux États-Unis qui profitent de conditions météorologiques plus favorables.

Au nombre des raisons évoquées par les nouveaux pratiquants, ou chez ceux qui ont recommencé à jouer au golf, figure la facilité à obtenir de meilleurs résultats rapidement grâce aux développements technologiques.

On ne voudra certainement pas freiner une reprise qui fut si longtemps attendue.

La pérennité du golf n’est pas en danger. Le tennis et le cyclisme qui ont été bombardés d’innovations technologiques au cours des dernières années n’ont pas souffert, mais plutôt profité de nouveaux équipements pour améliorer la qualité du jeu (système Hawk-Eye pour juges de lignes) ou la préparation des athlètes (indicateurs clés de performances).

Au golf, l’entrée en scène du système Trackman est un atout précieux pour les téléspectateurs, tandis que les joueurs ont ainsi trouvé un nouveau moyen efficace d’améliorer et de maintenir les différentes phases de leur élan.

Le R&A et la USGA dans toute leur candeur ont bêtement regardé passer le TGV des développements technologiques depuis une quarantaine d’années sans réagir, ou si peu. L’implantation d’une règle locale limitant l’utilisation des certaines balles ou bâtons pour des championnats reste une avenue risquée qui menace les sonneurs d’alerte de l’absence de joueurs vedettes. Ça ne serait pas à leur avantage ou à celui d’une industrie qui sort enfin la tête de l’eau à cause de circonstances exceptionnelles l’été dernier.

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